Survol historique de la FMC : une longue marche


Les prémices

Dès le seuil du XIX° siècle des formes écrites ou orales de formation post-doctorale se manifestent en Alsace. On pourrait mettre sur ces fonds baptismaux, la création, le 5 décembre 1801,14 frimaire de l’ an X, la fondation à Strasbourg d’une Association de médecins rassemblant professeurs de l’Ecole de médecine nouvellement créée après la dissolution révolutionnaire et praticiens de ville et de campagne, carrefour de défense professionnelle mais aussi lieu d’ échanges et de discussions sur les idées médicales et scientifiques nouvelles. En 1842, trois ans avant que Paris ne tente une initiative similaire, se constitue, à partir de l’expérience précédente, la Société de Médecine de Strasbourg regroupant pour moitié hospitaliers et universitaires, pour moitié praticiens du terrain. L’une des commissions de cette association qui se réunissait une fois par semaine dans les salons du château de Rohan  « pour échanger le savoir » fut chargée d’une réflexion sur la réforme des études. En 1819 est constituée à partir des ouvrages de l’ancienne Académie luthérienne et de collections privées une bibliothèque spécifiquement médicale dans les locaux de l’Académie à la Krutenau .
A Colmar, dès 1829, s’était constituée une
Conférence médicale du Haut-Rhin dont les membres se réunissaient chez l’un ou chez l’autre pour « échanger leurs observations et examiner ensemble les nouvelles méthodes de traitement ».
La
Gazette médicale de Strasbourg est crée en 1849 , sous l’impulsion du médecin cantonal Edouard Eissen, véritable pionnier de la presse médicale, pour « servir de lien entre les médecins des deux départements et …répandre le mouvement scientifique qui s’opère… » .

A Paris se réunissent en 1845 plus de six cents praticiens de toute la France, dont des représentants alsaciens pour créer,
l’Association médicale de France chargée  « …de la culture de la science, dans la confraternité». Cette association donnera naissance ultérieurement aux formes syndicales et de prévoyance.

Durant l’annexion allemande après 1870, furent créées des associations
Medizinische und Naturwissenschaflische Vereine, invitant les Altelsässer, les alsaciens du cru, à partager les connaissances des enseignants d’origine allemande. Durant le semestre d’hiver, la Faculté allemande organise des conférences hebdomadaires de perfectionnement de fin d’après-midi à l’intention de tous les praticiens, dans les locaux de l’actuelle Médicale A, construite en 1897. En 1900 est créée l’association des médecins allemands,le Leipzigerverband ou Hartmannbund, du nom de son créateur, auquel adhèrent la majorité des médecins alsaciens, organisme de défense professionnelle mais aussi d’entretien des connaissances, actuellement toujours la plus importante association médicale allemande. C’est ici en 1906 que le fils du célèbre anatomiste Heinrich von Recklinghausen, assistant de pharmacologie, met au point le tensiomètre, inconnu, jusque là, construit par les établissements Streisguth, avec à la place d‘une poire, une pompe à bicyclette ! Il fut présenté et discuté lors des séances de formation des associations locales. Les appareils Vaquez français ne seront connus ici qu’après 1918!

Entre les deux guerres mondiales, la formation post-graduée entre en léthargie, malgré le réveil de sociétés savantes, dans le Haut et le Bas-Rhin. Seul le périodique
Strasbourg Médical apporte des informations dites de « vulgarisation » aux praticiens et note en 1937 avec nostalgie « qu’en Allemagne les praticiens, généralistes et spécialistes sont astreint à suivre jusqu’à l’âge de 65 ans, un cours de perfectionnement tous les cinq ans. »

Durant l’annexion hitlérienne et la création de la
Medizinische Fakultät der Reichsuniversität Strassburg, de nombreux médecins restés en Alsace furent invités, de force, à participer à des séances de « mise à niveau » et de rééducation, Umschulung, dans des centres médicaux dans le Mecklenburg, les Führerschule der deutschen Ärzteschaft ,où sous prétexte de formation scientifique on inculquait essentiellement l’eugénisme et l’idéologie national-socialiste.

De l’EPU au PPU et à la FMC.

Devant l’explosion des connaissances médicales, l’apparition des nouvelles technologies et la spécialisation, il était urgent après 1945 de canaliser les informations et de former les médecins installés.
L’enseignement post-universitaire, EPU, puis le Perfectionnement post universitaire, le PPU sont, en une trentaine d’années, devenus la Formation médicale continue, la FMC. Il ne s’agit pas seulement d’un changement sémantique. Une notion s’imposait :
enseigner, informer, transmettre des connaissance ne suffit plus, il faut former, c'est-à-dire rendre professionnellement performant.
Dès 1948 la Faculté institue des réunions mensuelles le dimanche matin, alternativement dans les diverses cliniques des Hospices Civils à l’intention des médecins, encore essentiellement ruraux. On appela ces journées les
Büresundàà, journée des paysans. Des médecins répliqueront en disant qu’ils étaient des Kràvàtabüre, des paysans cravatés méritant plus de considération. Dans le Haut-Rhin à partir de l’ancienne Société des médecins haut-rhinois se sont organisées dès 1946 à Mulhouse, Colmar et Altkirch des réunions d’informations dites de formation.
En 1965 s’ est constitué sous la présidence du doyen et à l’initiative de Jean-Pierre Weil une
Commission d’Enseignement post-universitaire paritaire, enseignants-praticiens, chargée d’organiser chaque année, aux alentours du 11 novembre des Journées d’Enseignement et de Perfectionnement, associant deux journées d’exposés théoriques avec discussion et des stages cliniques dans les différents services hospitaliers. Cette Commission s’est transformée en 1981 en Département de Formation Permanent (DEFOPE), dont l’activité sous l’impulsion de Jean Louis Schlienger,s’est diversifiée : poursuite de l’organisation annuelle des Journées de novembre avec un succès grandissant, réunissant plus de 600 praticiens, organisation de stages cliniques dans les services et séances de perfectionnement en soirée centrées sur un organe, une pathologie ou une discipline. Outre sa mission d’expertise, il englobera l’ancienne commission universitaire du 3° cycle de médecine générale, soulignant ainsi la continuité entre formation initiale et formation permanente des généralistes.
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Ce qui deviendra ultérieurement la Formation médicale Continue se réalisera à partir de 1960 environ par des réunions par petits groupes de médecins amis, invitant un enseignant ou un spécialiste à échanger une fois par semaine en soirée,dans une arrière salle de restaurant ou dans un local de laboratoire. Plusieurs groupes Balint sont organisés à l’initiative de Lucien Israel. Peu après 1966 ces soirées de recyclage se généralisent en « periphérie », souvent autour d’Hôpitaux Généraux, à Colmar, Saverne, Mulhouse, Altkirch ou Sélestat. En 1968, le professeur Heran lance le
Bulletin pédagogique 3P, devant préparer le praticien à son auto-formation, alors que le Journal de Médecine de Strasbourg poursuit ses publications.

C’est à l’initiative des syndicats médicaux locaux CSMF que revient le mérite de lancer des projets de FMC. À Strasbourg, les présidents Paul Kern, puis Robert Durand de Boussingen, à Mulhouse Guy Kurtzemann et Pierre Klotz estiment que la défense professionnelle passe aussi et surtout par la qualité de l’exercice professionnel et d’une actualisation des connaissances des praticiens. Ainsi seront constituées respectivement dans le Bas Rhin l’association départementale de FMC du Bas Rhin (FMCBR) autour de Bernard Charton et celle du Haut Rhin autour de Pierre Klotz. Parallèlement s’était développé sur le plan national à l’initiative des deux centrales syndicales FMF et CSMF dans l’objectif d’appliquer aux médecins les dispositions de la loi Delors de 1971 sur la formation permanente des salariés, deux associations de formation médicale
l’Asformed, Association nationale de formation médicale continue, et le Gofimec, Groupement des organismes de formation et d’information médicale continue .D’abord concurrentes, les deux associations vont fusionner en 1978 au sein de l’Unaformec, Union Nationale des associations de formation médicale continue. L’un des maîtres à penser de ces organismes fut Guy Scharf, généraliste de Metz, ancien étudiant de Strasbourg. Ces regroupements ont permis une décentralisation des actions, la recherche de moyens de financement indépendant, la mise au point d’une pédagogie orientée vers l’adulte adaptée aux besoins et à l’exercice du praticien, et des méthodes d’évaluation sur la qualité des soins.

Les évolutions consécutives ne sont pas restées sans influence sur la formation initiale dispensée par la Faculté de Médecine : création en 1986 du 3° cycle de Médecine Générale et en 1988 d’un DIU, diplôme inter-universitaire de Pédagogie Médicale des 5 Facultés de l’Est, création de généralistes maîtres de stages et enseignants puis de postes de professeurs de médecine générale à partir de 1991.

Aussi les actions de FMC se multiplieront dans le temps, étalées sur toute l’année et dans l’espace par une décentralisation croissante et une orientation vers un travail par petits groupes. La formation des animateurs de FMC se fera par l’organisation de sessions nationales de formation des enseignants, notamment à Riom, où l’Alsace vint en tête de la participation.
En 1981 est crée une fédération régionale des associations de FMC d’Alsace l’
Alformec, rattachée à l’Uniformec nationale qui longtemps somnolente s’est avérée indispensable pour l’organisation régionale des différents séminaires conventionnels. Après Jean-Christophe Bijon, l’Alformec est présidée par Jean-Christian Grall de Battenheim dans le Haut-Rhin. Des liens fonctionnels à partir de 1995 sont créés avec les activités et travaux de l’ANAES, aujourd’hui HAS, Haute Autorité de Santé, pour la publication des recommandations professionnelles et l’élaboration des évaluations professionnelles.

Des formations médicales d’essence syndicale pointeront à partir de 1990, à l’initiative de MG France, MG FORME notamment puis ultérieurement de la Csmf locale, FORMUNOF, FMC Action….La formation continue des spécialistes est assurée essentiellement par des sociétés savantes ou scientifiques, éventuellement par des associations syndicales disciplinaires intégrées ou non au sein de l’Unaformec.



Lancée en 1973, la FMC-BR sera présidée pendant 17 ans par Bernard Charton jusqu’en 1993 ,avec Jean-Paul Perge comme secrétaire général et Jean-Pierre Sonderegger comme trésorier. Ce seront les premiers pas d’une FMC indépendante, décentralisée avec des séances en soirée une à deux fois par mois, à Strasbourg ou en « périphérie » .Lui succèderont Alain DREVAL, Hubert Calderoli de 1993 à 1995 avec Patrick Meyer comme secrétaire, puis Gérard Chabrier de 1995 à 1999, avec ouverture des actions de formation vers les nouvelles frontières de la médecine, épidémiologie, médecine préventive, éducation sanitaire et nutrition, Ce dernier modifiera les statuts avec création d’une nouvelle association strasbourgeoise « FMC Strasbourg » et transformation de la FMCBR en une association fédérative de six associations (Haguenau, Molsheim, Saverne, Sélestat, Strasbourg et Wissembourg). Sous la présidence d’Henri Mauch de 1999 à 2001 on voit l’introduction de la formation à l’informatique, les essais thérapeutiques et l’ouverture aux problèmes de société, orientations poursuivies par Guy Hartmann qui lui succède depuis 2001. Paul-André Befort en sera secrétaire général de 1994 à 2005.

La marche se poursuit.
Malgré les nouvelles dispositions réglementaires de juin 2006 avec la création de nouveaux Conseils Régionaux de FMC, des orientations restent à préciser : Comment évaluer, en qualité de soins, l’impact d’une formation ? Comment amener à des sessions formatives les médecins individualistes réfractaires à tout échange ? Comment et par qui évaluer les besoins de formation de chacun ? Comment assurer l’indépendance à l’égard des organisme d’assurances, de l’industrie pharmaceutique, de l’Etat ? Comment maintenir une vie associative formative ni syndicale ni universitaire ? L’histoire de deux siècles de vie associative et d’échanges de formation est une succession de compromis, d’individualisme et de socialisation, de conflits et de satisfactions avec un espoir d’épanouissement personnel et professionnel.

Paul-André Befort. 2006